Drapeau Canadien Gouvernement du Canada Canada
English version of the page Contactez nous Aide Recherche sur la Voie verte Site du Canada
COSEWIC Logo

Recherche d'espèces sauvages

Au sujet du COSEPAC Espèces sauvages candidates Rapports de situation Évaluation des espèces sauvages

Accueil du COSEPAC Soyez branché Rapports spéciaux Foire aux questions Liens
Rapport de situation

Lignes directrices du COSEPAC concernant les populations manipulées

Approuvées par le COSEPAC en avril 2010

En réponse au nombre croissant d’espèces pour lesquelles la répartition ou la constitution génétique a été manipulée par les humains, de façon délibérée ou accidentelle, les présentes lignes directrices ont été élaborées pour aider le COSEPAC à déterminer l’admissibilité de populations à une intégration dans les évaluations de la situation d’espèces sauvages.

En règle générale, le COSEPAC ne prend en considération que les espèces sauvages indigènes du Canada dans ses évaluations (voir Définitions et abréviations; voir également le Processus et critères d'évaluation du COSEPAC), excluant les espèces sauvages introduites au Canada par une intervention humaine. Le Processus et critères d'évaluation du COSEPAC ne contient aucune directive claire relativement à l'évaluation d'espèces sauvages qui comptent des populations (ré)introduites, hybrides, augmentées ou en captivité. La définition que donne la Loi sur les espèces en péril (LEP) (et le COSEPAC) d'une espèce sauvage comprend les termes « d'origine sauvage » qui, selon certaines interprétations juridiques, peuvent inclure les individus en captivité dont les ancêtres récents étaient sauvages. L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), que le COSEPAC consulte au besoin pour s'orienter, donne des avis concernant l'évaluation de populations introduites ou réintroduites, comme il en sera question plus loin à la section 1; toutefois, les avis relatifs aux autres types de populations manipulées ne sont pas explicites.

Les interdictions spécifiées par la LEP visent les individus faisant partie de la population identifiée et évaluée par le COSEPAC. Pour déterminer quels individus ou composants seraient sujets aux interdictions, il est essentiel de savoir clairement si les composants sauvages et manipulés font partie de la population évaluée (les « espèces sauvages » selon la terminologie de la LEP). Et pour effectuer cette détermination, il faut savoir si les populations manipulées sont génétiquement ou géographiquement distinctes des populations sauvages (c.-à-d., si elles correspondent à la définition d’unité désignable).

Certaines populations manipulées peuvent être distinctes génétiquement, selon le nombre de générations durant lesquelles elles ont été manipulées. D'autres populations manipulées, pour lesquelles il peut ne pas s’être écoulé suffisamment de temps pour que des différences génétiques soient apparues, peuvent être reconnues comme distinctes géographiquement. Les Lignes directrices pour reconnaître les unités désignables du COSEPAC décrivent dans quelle mesure une population doit être différente d’autres populations pour justifier qu’on lui assigne le statut d’unité désignable distincte.

En particulier, une disjonction de l'aire de répartition prenant naissance lorsque « la dispersion des individus entre des régions séparées a été fortement limitée pendant une période prolongée et est peu probable dans un avenir prévisible » constitue un critère essentiel. Par conséquent, si une population manipulée a été établie à des fins autres que la conservation, à des fins commerciales par exemple, et que les conditions d'isolement sont telles qu'il n'est pas possible pour les individus en captivité de se croiser avec une ou des populations sauvages, la population manipulée pourrait être considérée comme distincte géographiquement par le COSEPAC, et désignée comme telle dans le rapport de situation de l'espèce.

Les évaluations de situation du COSEPAC doivent tenir compte de deux types de considérations liées aux populations manipulées :

  1. La population manipulée fait-elle partie de l’espèce sauvage (ou unité désignable) qui est évaluée?  
  1. Devrait-on inclure les individus de la population manipulée au moment d’appliquer les critères quantitatifs visant à déterminer la situation (c.-à-d. basé sur les taux de déclin, sur le nombre d’individus matures)?

Les présentes lignes directrices clarifient la position du COSEPAC sur l'admissibilité à l'évaluation des populations manipulées, ainsi que sur l’inclusion de telles populations pour l’application de critères quantitatifs lorsqu’elles sont considérées comme faisant partie de l’espèce sauvage évaluée. Étant donné l’étendue des groupes taxonomiques, il faut conserver une certaine flexibilité dans l’application des lignes directrices afin de pouvoir tenir compte de circonstances particulières associées à des espèces différentes. De plus, il est souvent difficile de prédire les conséquences à long terme des diverses manipulations des espèces sauvages; par conséquent, il faut traiter l’incertitude d’une manière conservatrice.

Les présentes lignes directrices examinent quatre types de populations manipulées :

1. introduites/réintroduites;

2. hybrides;

3. augmentées;

4. en captivité.

Les organismes génétiquement modifiés seront toujours exclus des évaluations de la situation des espèces sauvages. Ils peuvent toutefois être reconnus comme une menace. Le tableau 1 résume les lignes directrices qui suivent dans le cadre de leur application aux quatre types de population manipulée.
Ligne directrice no 1 : Les rapports de situation des espèces sauvages identifieront et décriront de façon claire les populations manipulées et indiqueront si elles font partie ou non de l’espèce sauvage dont on envisage d'évaluer la situation et pourquoi (suivant le tableau 1). Lorsque l'on estimera qu'elles font partie de l’espèce sauvage, le rapport de situation indiquera aussi clairement si les populations manipulées sont sujettes à l’application des critères quantitatifs et pourquoi (suivant le tableau 2). Les rapports de situation doivent également décrire l’historique des changements survenus chez l’espèce sauvage évaluée dus aux manipulations dont la liste se trouve ci-dessus.
Ligne directrice no 2 : En général1 , le COSEPAC considérera comme ne faisant pas partie de l’espèce sauvage évaluée toute population manipulée à des fins autres que la conservation de l'espèce (par exemple, pour des raisons commerciales), pourvu que la population soit géographiquement ou génétiquement distincte de l’espèce sauvage évaluée et qu’il n’existe aucune intention de faire en sorte que la population contribue à la population sauvage. Si un tel scénario se présentait, le COSEPAC indiquerait évidemment pourquoi la population est exclue.

1. Populations introduites/réintroduites

De nombreuses espèces végétales et animales ont été introduites dans de nouvelles zones à l'intérieur (intra-limites) ou à l'extérieur (extra-limites) de leur aire de répartition naturelle ou réintroduites dans des zones autrefois occupées de leur aire de répartition naturelle, en raison d'activités humaines intentionnelles ou accidentelles. L'admissibilité de ces populations établies et (ré)introduites à faire partie de l’espèce sauvage peut varier selon que l'introduction est intra-limites ou extra-limites et selon leur incidence prévue ou démontrée sur l'espèce sauvage dans son aire de répartition naturelle et sur d'autres composantes de la biodiversité.

i) Les réintroductions se font à l'intérieur de l'aire de répartition naturelle et dans l'habitat naturel d'une espèce sauvage. Elles peuvent comprendre des déplacements (établissement dans une nouvelle zone, en prenant des individus sauvages d'une autre zone comprise dans l'aire de répartition naturelle) ou des réintroductions dans une zone où l’espèce sauvage est disparue du pays. Les réintroductions peuvent inclure des populations établies à partir de populations élevées/maintenues en captivité qui se sont échappées ou qui ont été volontairement transplantées, qui ont été elles-mêmes établies par des individus prélevés dans l'aire de répartition naturelle de l'espèce sauvage. Par exemple, des renards véloces ont été réintroduits dans les Prairies canadiennes au moyen de renards élevés en captivité et de renards sauvages capturés dans des États des Prairies américaines. De même, des faucons pèlerins élevés en captivité ont été libérés dans des régions du Canada d’où ils étaient disparus.

Peu importe l'intention ou les mécanismes de la première introduction (à des fins de conservation ou non, volontaire ou non), l'Union internationale pour la conservation de la nature recommande que les populations autonomes issues de déplacements et de réintroductions soient incluses dans les évaluations d'espèces sauvages (Standards and Petitions Working Group, 2006).

Ligne directrice no 3 : Le COSEPAC considérera toutes les réintroductions intra-limites, indépendamment de l’intention, comme faisant partie de l’espèce sauvage qui fait l’objet d’une évaluation. Toutefois, le COSEPAC soumettra généralement de telles populations à l’application des critères quantitatifs seulement pour établir un statut là où l’on prédit ou démontre que la population aura une incidence positive nette sur l’espèce sauvage évaluée. Une incidence positive nette entraînerait une augmentation de la faculté moyenne d’adaptation des individus de l'espèce sauvage (reflété, par exemple, par une probabilité de survie accrue, un taux de croissance démographique augmenté et/ou une meilleure capacité d'adaptation à des changements environnementaux).

(ii) Les introductions extra-limites se font en dehors de l'aire de répartition historique de l'espèce sauvage et peuvent être issues d'individus sauvages déplacés ou d'individus élevés en captivité. Par exemple, des populations de truites fardées du versant de l'ouest des bassins hydrographiques des rivières Saskatchewan Nord et Ram de l'Alberta, établies au moyen d'individus élevés en écloserie, se trouvent en dehors de l'aire de répartition historique de l'espèce sauvage.

L’Union internationale pour la conservation de la nature inclut les populations issues d'introductions extra-limites dans l’évaluation de l’espèce si ces introductions sont effectuées à des fins de conservation et s'il ne reste plus d'habitat propice dans l'aire de répartition historique de l'espèce. Elles sont considérées comme des introductions bénignes.

Ligne directrice no 4 : Le COSEPAC n'inclura généralement que les populations résultant d'introductions extra-limites bénignes au sein de l'espèce sauvage évaluée s'il ne reste plus d'habitat propice dans l'aire de répartition naturelle de l'espèce au Canada. Dans un tel scénario, il peut être justifié de considérer la population comme une unité désignable distincte lorsqu'elle est considérée comme géographiquement disjointe de son aire de répartition d’origine. Dans le cas des introductions faisant partie de l’espèce sauvage évaluée, on appliquera seulement les critères quantitatifs là où l’on prédit une incidence positive nette sur l’espèce sauvage.

2. Populations hybrides

Le croisement peut se produire sur un continuum allant de la reproduction entre individus de populations différentes appartenant à la même espèce taxinomique à la reproduction entre des individus appartenant à des espèces biologiques différentes. Rhymer et Simberloff (1996) définissent l'hybridation comme le « croisement d'individus issus de populations soupçonnées d'être distinctes génétiquement, sans égard au statut taxinomique ». Bien que l'hybridation désigne généralement l'accouplement entre des individus hétérospécifiques, elle peut également s'appliquer à la reproduction entre des individus de sous-espèces différentes ou de populations différenciées génétiquement. Il n'existe aucun concept d'espèce biologique qui soit unanimement reconnu (Hey, 2006; Haig et al., 2006) et la définition de sous-espèce est encore plus controversée (Haig et al., 2006). En conséquence, le degré d’hybridation ne doit pas définir un seuil rigide pour l’évaluation ou la conservation. Lorsque des populations hybrides sont considérées à des fins d’évaluation, les conséquences de l’hybridation doivent plutôt être examinées d’un point de vue évolutif. Plus les deux groupes seront différentiés génétiquement, plus la probabilité de conséquences comme la dépression due à des croisements éloignés et la perte de complexes de gènes adaptatifs sera élevée. Par contre, pour les populations de petite taille au sein desquelles une dépression de consanguinité est évidente, les introductions de génotypes nouveaux venant de sources non indigènes pourraient s’avérer avantageuses. L’hybridation et le flux génétique naturels jouent un rôle important dans l’évolution continue de certains organismes et dans le maintien de la diversité génétique. Les sections qui suivent examinent ces concepts plus en profondeur dans le contexte de deux types de mécanismes donnant lieu à une hybridation.

(i) Hybridation naturelle - Un peu d'hybridation (c'est-à-dire la production d'une descendance à la suite d'un croisement entre des espèces biologiques ou des sous-espèces reconnues) s'effectue indépendamment des activités humaines et peut produire une nouvelle espèce biologique ou de nouveaux génotypes recombinants (voir les références dans Stein et Uy, 2006; voir également Seehausen, 2004). Les zones hybrides dans lesquelles les répartitions de deux taxons étroitement liés se chevauchent naturellement sont présentes dans plusieurs groupes taxinomiques et peuvent demeurer stables lorsque les génotypes parentaux préservent leur intégrité (Hagen et Taylor, 2001) ou continue d'évoluer (introgression unidirectionnelle; Stein et Uy, 2006). En outre, l'hybridation est considérée comme étant une caractéristique commune de la divergence parapatrique ou sympatrique (Mallet, 1995), et elle peut être suivie d'une stabilisation et d'une perpétuation du dérivé hybride en tant qu'entité taxinomique distincte (Stebbins, 1969). Un exemple d'hybridation naturelle est ce qui se produit entre la truite arc-en-ciel et la truite fardée côtière, aux endroits où les deux espèces coexistent naturellement, et pour l'épinoche du lac Misty, où des formes hybrides « intermédiaires » se trouvant entre les écotypes de ruisseau et de lac participent au processus évolutif. Les hybrides issus d’un croisement entre l’espèce sauvage faisant l’objet d’une évaluation et des individus en culture (voir Définitions et abréviations) issus de la même espèce sauvage ne sont pas reconnus comme étant le produit d’une hybridation naturelle (p. ex., croisement du saumon atlantique sauvage avec le saumon atlantique d’élevage échappé).

Ligne directrice no 5 : Les populations qui subissent une hybridation naturelle peuvent être incluses à l'espèce sauvage qui est évaluée par le COSEPAC. Les individus matures pourraient, dans ce cas, comprendre des hybrides et être sujets à l’application des critères quantitatifs.

(ii) Hybridation de cause humaine - L'hybridation peut être une conséquence directe ou indirecte des activités humaines. Parmi les activités qui ont une incidence directe sur l'hybridation figurent l'introduction d'individus provenant d'une population distincte génétiquement dans l'aire de répartition naturelle d'une autre population génétiquement distincte ou le croisement volontaire de deux populations distinctes génétiquement, sans égard au statut taxinomique. Parmi les activités humaines qui peuvent indirectement mener à une hybridation figurent la destruction ou la modification d'habitats propices et le retrait de barrières à la reproduction (géographiques, physiques ou comportementales) qui existaient précédemment entre les deux populations indigènes distinctes génétiquement.

La première hybridation qui a lieu entre deux génotypes parentaux purs donnera un hybride F1. Les hybrides F1 peuvent être stériles, moins adaptés ou pleinement capables de se reproduire avec d'autres F1 ou de se rétrocroiser avec des génotypes parentaux. Bien que les hybrides stériles ou peu adaptés présentent peu de risques d'affecter la composition génétique des populations pures, ils représentent une perte pour la production et peuvent présenter un risque pour la viabilité d'au moins une population parentale, particulièrement si elle est de petite taille. Le rétrocroisement et la succession de reproductions réussies peuvent mener à une augmentation des degrés d'introgression génétique produisant : (1) des essaims d'hybrides dans lesquels il n'existe plus aucun des génotypes purs d'origine ou (2) une introgression unidirectionnelle où une des populations parentales pures sera perdue.

Lorsqu'il y a hybridation de cause humaine, les hybrides F1 et leur descendance introgressée doivent généralement être tenus pour une perte pour l'espèce sauvage et une menace à sa persistance; les hybrides ne représentent aucun des groupes taxinomiques originaux et ils ne contribuent au lignage évolutif de ni l’un ni l’autre des groupes. Par exemple, beaucoup de populations de truites fardées versant de l'ouest en Alberta ont connu une introgression génique par suite de leur reproduction avec des truites arc-en-ciel et des truites fardées de Yellowstone introduites artificiellement. Toutefois, pour des taxons très proches, il peut être difficile d'établir une distinction entre un polymorphisme ancien commun aux deux groupes et des taux faibles d'introgression. Par exemple, Allendorf et al. (2004) ont proposé un seuil d'introgression pour les populations de truites fardées versant de l'ouest : une population peut être considérée comme génétiquement pure si elle exprime < 1 % de mélange (c'est-à-dire que 1 % ou moins d’un échantillon d’allèles d’une population de l’espèce putativement pure « A » peut être attribué à une introgression avec l’espèce « B »). Ce seuil devrait être évalué par des tests biologiques à partir d'un échantillon adéquat de marqueurs moléculaires de diagnostic sélectivement neutres et les individus qui montrent une probabilité d'au moins 95 % qu'un minimum de 1 % d'introgression sera détecté si le phénomène se produit dans la population.

Ligne directrice no 6 : Si une introgression est connue ou suspectée, le COSEPAC évaluera si elle est susceptible de nuire à la conservation de l'espèce sauvage. Une incidence négative nette en est une dont l'aboutissement prévu est une réduction dans la valeur adaptative moyenne des individus de l'espèce sauvage évaluée (reflété, par exemple, par une probabilité de survie moindre, un taux de croissance démographique diminué et/ou une capacité réduite d'adaptation à des changements environnementaux). Dans ces conditions, les hybrides F1, s'ils peuvent être reconnus, et leur descendance ne seront pas considérés comme faisant partie de l’espèce sauvage évaluée. Quand on estime que l'introgression dans une population est étendue, il peut être prudent d'exclure la population entière de l'espèce sauvage évaluée. Ces populations peuvent plutôt être considérées comme une menace à l’espèce sauvage.

Il peut y avoir des exceptions lorsque le patrimoine génétique d'une espèce sauvage est si pauvre qu'une dépression de consanguinité est évidente et que la variabilité génétique ne peut être augmentée au moyen d'individus issus du même patrimoine génétique. Dans de tels cas, il peut être prudent de croiser l'espèce sauvage avec une autre population étroitement apparentée de la même espèce sauvage afin d'augmenter la variabilité génétique et de tirer avantage de la vigueur des hybrides, surtout lorsqu'il est prévu que sans ce croisement l'espèce sauvage en question disparaîtra. Cela préservera au moins une partie de la composition génétique de l'espèce sauvage et pourrait lui redonner son rôle écologique. Cependant, la population recombinante résultante peut être évaluée en tant qu'unité désignable distincte, en considérant l'originale comme disparue, s'il y a eu croisement avec des individus d'autres unités désignables ou espèces sauvages. De plus, cette population recombinante ne sera admissible que si sa persistance n'est pas tributaire d'introductions continues et qu'elle ne constitue pas une menace à l'espèce sauvage donatrice participant aux efforts de croisement.

3. Populations augmentées
Les populations augmentées sont des populations indigènes qui reçoivent des individus reproduits/élevés en captivité (ou en culture) ou des déplacements d'individus sauvages, d'une manière intentionnelle ou non intentionnelle. On réalise l’augmentation en utilisant des individus provenant de la même espèce biologique.  

L'augmentation est fréquemment entreprise pour produire des individus exploitables. Elle est également utilisée pour reconstruire des populations affaissées ou handicapées génétiquement, à l'exemple de ce qui est tenté avec les marmottes de l'île de Vancouver élevées en captivité. Une augmentation non planifiée peut se produire si des individus en captivité ou en culture s'échappent et contribuent au recrutement dans une population sauvage. Il y a également une technique de conservation qualifiée de « coup de pouce » qui consiste à maintenir des individus prélevés dans des populations naturelles en captivité (in situ ou ex situ) durant une étape du cycle biologique au cours de laquelle ils sont particulièrement vulnérables, généralement à l'approche de la naissance ou de la germination. Cette technique peut permettre, par exemple, de diminuer la prédation sur les petits du caribou.

Ligne directrice no 7 : Sans égard aux intentions de l’augmentation, toutes les populations augmentées seront considérées comme faisant partie de l’espèce sauvage évaluée. Lorsqu’il est possible de le constater, les individus utilisés pour augmenter les populations sauvages et les rejetons produits naturellement qui en résultent devraient généralement faire l'objet de l'application des critères quantitatifs visant à établir la situation des populations, seulement si l’on prédit que ces individus auront une incidence positive nette sur l'espèce sauvage évaluée. On ne doit pas compter ces individus s’il y a évidence d’une baisse de la capacité d’adaptation ou des caractéristiques génétiques, qui peuvent corrompre les adaptations locales.

4. Populations en captivité ou en culture

Des populations en captivité ou en culture peuvent être maintenues à des fins de conservation ou commerciales ex situ. Par exemple, la reproduction en captivité peut faire partie intégrante de programmes de rétablissement dans le cas d'espèces incapables de survivre à l'état sauvage dans les conditions actuelles. La reproduction peut ou non reposer sur un suivi généalogique, et une intervention humaine peut être nécessaire au succès de la reproduction. De telles populations peuvent être fondées par des individus capturés en milieu naturel issus d'une source unique ou être le résultat d'un brassage de sources génétiques disparates, dont certaines pourraient avoir fait l'objet d'une sélection artificielle. Par exemple, des programmes de reproduction en captivité du renard véloce, du faucon pèlerin et de la marmotte de l'île de Vancouver ont été ou sont mis en œuvre au Canada depuis quelques années. Une sélection artificielle de traits plus adaptés à la captivité commence dès l'instant où les individus sont mis dans un environnement artificiel (p. ex. voir Lynch et O'Hely, 2001); ce type de sélection est désigné sous le nom de sélection par domestication. Plus le nombre de générations ayant vécu en captivité sera élevé, plus l'effet de la domestication sur les traits héréditaires et les comportements acquis sera grand. Bien que des efforts visant à minimiser la domestication aient été consentis dans certains programmes de reproduction en captivité axés sur la conservation, de tels changements sont impossibles à éviter complètement. Indépendamment du lieu où les populations sont maintenues en captivité à des fins de conservation, l'intention de relâcher des individus dans la nature existe à un moment donné.

Ligne directrice no 8 : De manière générale, les populations captives et cultivées retenues pour des raisons de conservation feront partie des espèces sauvages évaluées. Toutefois, ces populations seront exclues de l’application des critères quantitatifs pour établir la situation. Le terme « disparu du Canada » pourra être utilisé dans les évaluations d'espèces sauvages qui n'existent qu'en captivité. Veuillez noter que la ligne directrice no 2 indique la position du COSEPAC concernant les populations captives et cultivées établies pour des raisons commerciales.

Par exemple, les animaux gardés dans des parcs zoologiques feraient partie des espèces sauvages évaluées, mais ils ne seraient pas comptés dans les estimations de population. Le Vancouver Island Marmot Recovery Centre garde des marmottes captives, qui sont élevées, puis relâchées périodiquement dans des habitats naturels. Les individus maintenus captifs seraient inclus parmi les espèces sauvages évaluées, mais ne feraient pas partie de l'estimation démographique, étant donné que leur contribution à la population sauvage ne peut pas être confirmée.

Tableau 1. Résumé des types de manipulations des populations et des lignes directrices associées.

Type de manipulation

1 – Fait partie de l’espèce sauvage évaluée?

2 – L’inclure aux critères quantitatifs pour évaluer le statut de la conservation?

Fondé sur la ligne directrice no

Réintroduction – intra-limites

Oui – indépendamment de l’intention derrière la réintroduction (p. ex., conservation ou autre)

Possiblement, mais seulement là où le COSEPAC prédit que la population aura une incidence positive nette sur l’espèce sauvage évaluée

3

Introduction – extra-limites

Possiblement, mais seulement si considéré bénin2 et s'il n’y a aucun habitat adéquat parmi tous ceux qu'offre le Canada

Possiblement, mais seulement là où le COSEPAC prédit que l’introduction aura une incidence positive nette sur l’espèce sauvage évaluée. Cette introduction peut être évaluée comme une unité désignable distincte.

4

Hybridation – naturelle

Oui

Oui

5

Hybridation – de cause humaine

Non – exclure les F1 et les rétrocroisements si possible de distinguer et si le COSEPAC s'attend à ce que l'introgression ait un impact négatif net, réduisant la capacité d'adaptation des individus de l'espèce sauvage évaluée, qu’elle soit identifiable. Penser à exclure la population entière si l’introgression est étendue.

Non – exclure les F1 et les rétrocroisements si possible de distinguer et si le COSEPAC s'attend à ce que l'introgression ait un impact négatif net, réduisant la capacité d'adaptation des individus de l'espèce sauvage évaluée, et qu’elle soit identifiable. Penser à exclure la population entière si l'introgression est étendue.

6

Augmentation (indépendamment de l’intention)

Oui – inclut les individus utilisés pour augmenter la population sauvage

Inclure possiblement les individus utilisés pour augmenter la population, mais seulement si le COSEPAC prédit que l'augmentation aura une incidence positive nette sur l'espèce sauvage qui fait l’objet de l’évaluation.

7

En captivité/cultivé – pour la conservation

Oui

Non

8

En captivité/cultivé – à des fins commerciales

Non, sauf dans les circonstances où la population captive ne peut pas être génétiquement ou géographiquement différentiée de l’espèce sauvage qui fait l’objet de l’évaluation.

Non

2

 

_______________________________________________________________

1Lorsque des menaces importantes (p. ex., le braconnage, la maladie) touchant une espèce sauvage à risque sont susceptibles d’être exacerbées par des populations manipulées, il est évident que les populations manipulées doivent être considérées comme une menace à l’espèce sauvage à risque.

2Fondé sur la définition d’introduction bénigne de l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Références

Allendorf, F., Leary, R., Hitt, N., Knudsen, K., Lundquist, L., Spruell, P. 2004. Intercrosses and the U.S. Endangered Species Act: should hybridized populations be included as Westslope cutthroat trout? Conservation Biology 18:1203‑1213.

Boyer, M. 2006. Rainbow trout invasion and the spread of hybridization with native Westslope cutthroat trout. Thèse de maîtrise, University of Montana.

Hagen, J., Taylor, E.B. 2001. Habitat partitioning as a factor limiting gene flow in hybridizing populations of Dolly Varden char (Salvelinus malma) and bull trout (S. confluentus).

Haig, S., Beever, E., Chambers, S., Draheim, H., Dugger, B., Duhham, S., Smith, E., Fontaine, J., Kesler, D., Knaus, B., et al., 2006. Taxonomic considerations in listing subspecies under the U.S. Endangered Species Act. Conservation Biology 20:1584‑1594.

Hey. J. 2006. On the failure of modern species concepts. Trends in Ecology and Evolution 21:447-450.

Lynch, M., O’Hely, M. 2001. Captive breeding and the genetic fitness of natural populations. Conservation Genetics 2:363-378.

Mallet, J. 1995. A species definition for the modern synthesis. Trends Ecological Evolution 10:294-299.

Rhymer, J. Simberloff, D. 1996. Extinction by Hybridization and Introgression. Annual Review of Ecology and Systematics 27:83-109.

Seehausen, O. 2004. Hybridization and adaptive radiation. Trends in Ecology and Evolution 19:199‑207.

Standards and Petitions Working Group. 2006. Guidelines for using the IUCN Red List Categories and Criteria. Version 6.2. Prepared by the Standards and Petitions Working group of the IUCN SSC Biodiversity Assessments Sub-Committee in December 2006.

Stebbins, G. 1969. The significance of hybridization for plant Taxonomy and evolution. Taxon 18(1), Smithsonian Summer Institute in Systematics 1968, Part 1 (Février, 1969), p. 26-35

Stein, A., Uy, A. 2006. Unidirectional introgression of a sexually selected trait across an avian hybrid zone: a role for female choice? Evolution 60:1476-1485.

[UICN] Union internationale pour la conservation de la nature. 1998. Guidelines for re-introductions. Document rédigé par le sous-comité de spécialistes des espèces de l'UICN. UICN, Gland (Suisse) et Cambridge (R.-U.) 10 p.